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 UN PROCÈS QUI APPARTIENT À LA LÉGENDE

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MessageSujet: UN PROCÈS QUI APPARTIENT À LA LÉGENDE   Ven 22 Fév 2008 - 3:50

La tragédie de Saint-Canut (Québec)

Le destin tragique de Cordélia Viau a connu son dénouement le 10 mars 1899 quand elle fut pendue dans la cour de la prison de Sainte-Scholastique, alors chef-lieu du district judiciaire de Terrebonne. Cordélia Viau et Sam Parslow avaient été reconnus coupables du meurtre d'Isidore Poirier, l'époux de Cordélia, assassiné le 21 novembre 1897. Compte tenu des conditions particulières dans lesquelles se déroula le procès et du climat de grande émotivité qui régnait à Sainte-Scholastique en ces jours tristement célèbres, on peut se demander encore aujourd'hui si la jeune femme n'a pas été la victime malheureuse et innocente d'une regrettable erreur judiciaire ou encore d'une grossière machination.

C'était en 1899 et on en parle encore, avec raison semble-t-il. En effet, au cours des dernières années certaines personnes auraient tenté de retracer, dans les archives judiciaires du pays, quelques pièces qui leur auraient permis de se pencher sur ce moment pénible mais ils auraient eu la désagréable surprise de constater que certains documents ne figuraient plus au dossier. Comment expliquer cette apparente disparition?

Pour faire revivre les principaux moments de cette histoire tragique, nous aurons recours aux notes et chroniques publiées dans l'Avenir du Nord à cette occasion. Déjà, dans une note intitulée «La tragédie de Saint-Canut», l'hebdomadaire jérômien publiait, le 26 novembre 1897, un résumé des faits survenus à peine quelques jours plus tôt, soit le 21 novembre. Voici des extraits de ce compte-rendu:

[...] nous ne pensions pas que l'Avenir du Nord aurait à enregistrer un affreux homicide commis aux portes de Saint-Jérôme vient de rendre célèbre la petite bourgade de Saint-Canut est le plus mystérieux

Lundi dernier, nous apprenions qu'un nommé Poirier, menuisier de Saint-Canut, bien connu à Saint-Jérôme (il était employé aux travaux de notre église), s'était suicidé dans la maison où sa femme, absente la veille, l'avait trouvé le matin, baignant dans son sang, le cou tranché par un affreux couteau laissé à ses côtés. À l'annonce de cette sanglante découverte, l'opinion publique s'est émue dans tout le district [...] Disons de suite que dès le début, ils furent rares ceux qui crurent à un suicide. Tout le monde, au contraire, soupçonnait là un terrible meurtre. Cette opinion générale a été confirmée par l'examen du coroner Mignault, appelé sur les lieux, et par celui des médecins.

L'enquête, dirigée par le coroner, commença lundi […] Dans l'après-midi de lundi, deux témoignages furent entendus: celui d'un voisin de M. Poirier, M. Bouvrette, et celui d'un nommé S. Parslow, sur lequel planent de redoutables soupçons.

Le premier raconte que Mme Poirier, à son retour à la maison, lundi matin, vint le chercher pour ouvrir sa porte qu'elle trouvait encore fermée. Il fit ensuite le récit de la découverte du cadavre qui fut retrouvé encore revêtu de ses habits, étendu en travers du lit et couvert de sang et de blessures. La peur se saisit alors de Mme Poirier qui ne voulut pas rester dans la maison. Le second, M. Parslow, dit qu'il a passé une grande partie du dimanche avec Poirier, qui était son ami. À 4 h 30, il l'aurait quitté pour se rendre chez son frère à trois milles de là. Il soutient qu'il s'est couché à neuf heures.

Le lendemain, les docteurs Lamarche, de Sainte-Scholastique, et Henri Prévost, de Saint-Jérôme, furent demandés pour faire l'autopsie du cadavre, la pose du cadavre, tout prouve que le pauvre malheureux a soutenu une lutte terrible. D'ailleurs, l'affreuse entaille qui sépare presque totalement la tête du torse, n'a pu être faite par Poirier lui-même.

On s'attend à l'arrestation de Sam Parslow dont nous avons parlé plus haut et qui depuis plusieurs mois a des rapports très louches avec la femme de Poirier. Mme Poirier elle-même est l'objet de soupçons terribles. Au cours de son témoignage, elle a contredit en plus d'un point celui de Parslow. Ainsi ce dernier a juré qu'il avait dîné avec M. et Mme Poirier dimanche. Or Mme Poirier a juré le contraire.

Le sort en est jeté après un long et émouvant procès, Cordélia Viau a été trouvée coupable du meurtre de son mari Isidore Poirier. La justice vient de prononcer par la bouche du jury un bien terrible verdict, Cordélia serait pendue.. Cordélia Viau semble écrasée sous le lourd poids de sa culpabilité légalement proclamée. Elle attend sa sentence avec une frayeur qui se comprend aisément, l'honorable juge Taschereau a condamné la malheureuse Viau à être «pendue par le cou jusqu'à ce que mort s'en suive» le 10e jour du mois de mars 1899


Il est évident que la pendaison de Cordélia Viau a beaucoup fait parler dans la région. Plusieurs ont mis en doute le bien fondé du jugement et de la condamnation. Dans un billet paru le 11 mars 1899 le rédacteur du journal l'Avenir du Nord, M. Wilfrid Gascon s'interrogeait...

Du fond des abîmes insondables où la main du bourreau a précipité l' âme coupable mais repentante de Cordélia Viau que pensent-elles, ces âmes de suppliciés, de la justice humaine, de cette justice inexorable servie à contre-coeur par ceux mêmes qui l'administrent et plus encore par ceux qui l'exécutent?

Dans l'Avenir du Nord du 11 mars 1899, Wilfrid Gascon, son rédacteur, écrivait: «Paix aux pauvres suppliciés qui ont expié par des mois de tortures morales et une mort violente subie dans des circonstances qui en décuplaient l'angoisse l'heure malheureuse de leur vie».
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